Quelles sont les conditions d’efficacité et les limites du marché ?

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13 juillet 2007 - Dernier ajout 10 octobre 2012
par ses-info.fr

Hugo Perrard, 1ère ES2, 2006-2007


Aujourd’hui, le marché est au cœur de nombreuses économies. Il détermine notre quotidien.

Le marché concurrentiel est le lieu, concret ou non, de la rencontre entre des offreurs et des demandeurs qui échangent des quantités de biens ou de services contre de l’argent, les prix et les quantités correspondantes étant fixés par la loi de l’offre et de la demande.

On peut se demander quelles sont les conditions d’efficacité et les limites du marché ?

Pour répondre à cette question, nous verrons tout d’abord que le marché est efficace sous certaines conditions, puis nous en montrerons certaines limites.

En premier lieu, sous certaines conditions, nous disent les libéraux, le marché est véritablement efficace.

En effet, ils ont pensé le marché comme un modèle fonctionnant sous les hypothèses de concurrence pure et parfaite.

Précisons d’abord que les économistes libéraux qui ont construit le modèle du marché concurrentiel se sont appuyés sur une conception particulière de l’homme. Selon eux, les hommes sont des individus dont le seul but est de satisfaire leurs intérêts grâce à un calcul coût/avantage. Bref ce sont des homo oeconomicus, recherchant en toute occasion le choix le plus efficace, celui qui maximise le plus leurs gains, et minimise leurs peines (leurs coûts). Les économistes disent que l’homo oeconomicus est "rationnel". Ces « animaux économiques » n’ont pour modalité d’échange que le marché, l’échange « donnant-donnant ». L’efficacité prêtée au marché sur lequel ils se rencontrent s’ancre en fait dans cette conception de l’homme comme individu tout orienté vers l’efficacité. Mais pour que le marché soit véritablement efficace, encore faut-il qu’il soit parfaitement concurrentiel, ajoutent les libéraux. Ils définissent ainsi les hypothèses de concurrence pure et parfaite. L’hypothèse d’atomicité pose que les offreurs et les demandeurs sont à ce point nombreux qu’aucun ne peut agir sur les prix, qui ne dépendent que du marché, c’est à dire de la confrontation entre l’offre et de la demande. L’hypothèse d’homogénéité revient à considérer que tous les produits d’un même marché sont identiques. L’hypothèse de mobilité postule que les facteurs de production peuvent passer d’un marché à un autre sans difficulté. Elle a pour corollaire l’hypothèse de libre entrée et libre sortie : tout individu, toute entreprise par exemple, peut pénétrer ou quitter un marché quand bon lui semble. L’hypothèse de transparence pose que chaque individu sait tout sur tout lorsqu’il réalise un échange : en plus d’être rationnel, l’homo oeconomicus est omniscient. Enfin, pour qu’un marché soit efficace, il faut encore que rien n’empêche les individus de faire leurs choix par hypothèse efficaces, et notamment pas de règlements émanant de l’Etat par exemple : c’est l’hypothèse de fluidité.

Le marché tel qu’il a été pensé par les libéraux ne fonctionne bien que sous ces conditions.

Montrons maintenant que sous ces hypothèse, le marché est efficace.

La première force du modèle libéral résulte d’un paradoxe : l’homo oeconomicus, qui ne recherche que son intérêt personnel, contribue sans le vouloir à l’intérêt général. « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière et du boulanger, écrit Adam Smith dans La richesse des nations, que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité, mais à leur égoïsme ; et ce n’est jamais de nos besoins que nous leur parlons, c’est toujours de leur avantage. » Et, poursuit le père putatif du libéralisme économique, il vaut mieux pour l’intérêt général que les hommes ne le recherchent pas : il est satisfait plus efficacement quand les individus n’en ont pas la visée. Les individus sont conduits par une « Main invisible », dit A. Smith, à réaliser une fin qui n’entre nullement dans leurs intentions. Le marché satisfait donc efficacement les intérêts de chacun et les intérêts de tous, ou encore l’intérêt général.

Cette intuition smithienne s’est prolongée dans l’idée d’une autorégulation du marché : laissé à lui-même, à sa propre loi, la loi de l’intérêt, l’offre et la demande s’équilibrent spontanément : quand l’offre est supérieure à la demande, par exemple, les prix baissent (c‘est la loi de l’offre et de la demande), de sorte que la demande augmente et que l’offre baisse, si bien que l’offre et la demande se rejoignent : le déséquilibre se résorbe de lui-même. Léon Walras généralise le raisonnement à la fin du XIXème siècle en soutenant que sous les hypothèses de concurrence pure et parfaite, tous les marchés s’équilibrent spontanément : c’est la théorie de l’équilibre général. Comme à l’équilibre, par construction, les intérêts de l’offreur et du demandeurs sont satisfaits au mieux, c’est à dire le plus efficacement possible, l’équilibre général est une situation où les intérêts de chacun et de tous sont satisfaits le plus efficacement possible.

Le marché est également efficace en matière de redistribution. Sous les hypothèses de libre entrée et de mobilité, les ressources sont réparties selon la demande, c’est à dire les besoins (solvables…). Le marché limite, voire évite ainsi le gaspillage.

Enfin, ce qui n’est pas négligeable, cette efficacité se marie avec la justice. En effet, le marché est juste car il récompense le mérite : les richesses vont à ceux qui satisfont le mieux les besoins. Plus une entreprise satisfait les besoins de ses clients, plus ses commandes et ses profits augmentent. Pour les salariés, en cas d’inégalité des chances, certains libéraux plaident pour une discrimination positive qui mettrait en quelque sorte tout le monde sur la même ligne de départ. Ensuite, il n’y aurait qu’à laisser faire le marché, et l’efficacité et la justice adviendraient naturellement.

- Sous les hypothèses de concurrence pure et parfaite, le marché est donc efficace : il satisfait au mieux les intérêts particuliers et l’intérêt général en allouant les ressources le plus efficacement, c’est à dire là ou s’expriment des besoins, et conformément à la justice.

Toutefois, ce modèle peut-être remis en cause.

En second lieu, le modèle du marché est limité tant dans sa construction que dans son application.

En effet, la construction du modèle du marché repose sur des hypothèses peu réalistes.

Tout d’abord, la conception de l’homo oeconomicus est à relativiser : tous les échanges ne sont pas gouvernés par l’intérêt. Des biens peuvent circuler par le don, c’est à dire la triple obligation de donner, recevoir et rendre, comme l’a bien montré Marcel Mauss dans son Essai sur le don. Plus généralement les actions peuvent obéir à d’autres « logiques » que celle de l’intérêt, comme les actions humanitaires.

Ensuite, la mise en place des conditions de concurrence pure et parfaite semble impossible : certaines sont irréalistes. L’homogénéité : sur le marché du travail, tous les hommes et toutes les femmes sont différents. La transparence : le principe d’innovation la rend problématique. La libre entrée : tout individu n’est pas capable d’entrer sur certains marchés nécessitant de lourdes infrastructures. La mobilité : sur le marché du travail, elle supposerait que tout individu puisse se reconvertir dans le cas cas où l’offre de travail diminue ; or, concrètement, les personnes ne peuvent pas acquérir des nouvelles formations aussi facilement. Finalement, sur cinq hypothèses, seule l’atomicité semble réalisable. Mais il faudrait qu’une instance supérieure (l’Etat) la garantisse en interdisant les trusts et en surveillant la concurrence, ce qui remet en cause l’hypothèse de fluidité…

Le modèle du marché concurrentiel est donc déjà, dès sa construction, mis en échec.

Par ailleurs, on peut penser qu’un modèle dont la conception n’a pas de bases solides ne peut pas avoir une application performante.

En effet, même en supposant que les hypothèses de concurrence pure et parfaite soient réalisées, le marché est défaillant.

L’argument avancé par A. Smith selon lequel l’intérêt personnel aboutit à l’intérêt général n’est pas toujours vrai : certaines activités industrielles ou agricoles orientées vers la maximisation du profit peuvent contribuer à dégrader l’environnement. On est là en présence de ce que les économistes appellent un externalité négative.

Par ailleurs, laissé à lui-même, à sa propre logique, à la logique de l’intérêt, le marché, ne peut pas prendre en charge la production de biens (ou services )collectifs, pourtant importants pour la satisfaction de l’intérêt général. Les biens (ou services) collectifs (purs) sont des biens que l’on peut consommer sans nuire à leur consommation par d’autres personnes, et sans qu’on sache qui les consomme vraiment, comme l’éclairage public. Si bien qu’il n’est dans l’intérêt de personne de produire ce bien : il est « rationnel » de faire cavalier seul (« free rider »), de laisser son voisin acheter un lampadaire pour éclairer la ruelle par exemple, plutôt que d’en acheter un soi-même, car on en profitera sans l’avoir financé ! Mais on le voit bien, si tout le monde agit de la sorte, aucun lampadaire ne sera installé : ce type de bien nécessite qu’une instance supérieure les produise : l’Etat.

Enfin, le modèle du marché concurrentiel est présenté comme juste. Mais cela dépend de la manière dont on définit le mérite. Se définit-il par l’effort fourni ou par les résultats ? Il est par ailleurs difficile de croire que tous les individus ont la même chance de réussir : la probabilité pour qu’un fils d’ouvrier et un fils de cadre reçoive la même formation est faible. Malgré la mise en place d’une discrimination positive, les écarts sont importants.

Le marché n’est donc pas toujours efficace : la poursuite de l’intérêt personnel ne permet pas toujours de satisfaire efficacement l’intérêt général. Le marché génère des nuisances (des externalités négatives) et est incapable de prendre en charge la production de biens collectifs. Par ailleurs, il doit-être régulé par être équitable.

- Le marché concurrentiel est donc limité. Sa conception n’est pas très réaliste. Il en découle une application quelque peu bancale.

Nous avons donc montré que le marché concurrentiel, modèle plébiscité par les libéraux, n’est donc supposé efficace que sous les hypothèses de concurrence pure et parfaite (mobilité des facteurs de production, atomicité des offreurs et des demandeurs, transparence de l’information, homogénéité des produits, des services et des facteurs, fluidité). Néanmoins, ces hypothèses étant irréalistes, on comprend que concrètement, l’efficacité dont il est censé être porteur est-elle même un peu douteuse. Du moins, ne doit-on pas l’attendre de ces hypothèses ! D’ailleurs, quand bien même ces hypothèses seraient réalisées, le marché serait encore défaillant, incapable de limiter les externalités négatives et de prendre en charge la production de biens collectifs.

L’histoire a néanmoins prouvé que le marché était plus efficace que l’économie centralement planifiée. Aujourd’hui, toutes les grandes puissances économiques mondiales ont adopté ce modèle. Toutes pratiquent un libéralisme qui autorise à des degrés divers une intervention de l’Etat au-delà de ses fonctions régaliennes (sécurité et justice) dans les domaines de la santé et de l’éducation notamment, même si, en la matière, il semble qu’on s’en remette de plus en plus au marché.


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